CONTE DE ZIRUBIA
Vers l’an 2054, les gens qui peuplaient encore l’Univers furent stupéfaits de voir passer, fendant l’espace, un vaisseau spatial nommé «Vaurien » qui déployait, pour capter les vents solaires, ses voiles percées par les impacts des météorites.
Eblouis par l’éclat de sa coque blanche et de ses clous de bronze qui brillaient sous les soleils des galaxies, ils furent obligés, pour le suivre dans sa trajectoire, de protéger leurs yeux derrière des verres filtrants.
Le bolide passé, ils se hâtèrent vers le Centre Spatial où tout engin de navigation est enregistré.
Ils consultèrent les archives et constatèrent, alors que, construit en 1963, ce vaisseau étonnant, appelé « Vaurien », avait été enregistré sous le n° 11022.
Mis hors service durant de nombreuses années, son propriétaire, Marc Tomasini, éminent Docteur en Sciences Infuses et Appliquées, lui a redonné vie en 2004.
C’est ainsi que cet ancien voilier que l’on voyait naviguer - il y a très longtemps - entre la plage de Misincu et le port de Porticciolo - avait été transformé en un engin spatial pour abriter toute une famille -partie, au hasard, à la découverte de l’Univers.
A la tête de son équipage le Commandant, assisté de son épouse Marie-Edith, Docteur honoris causa en Sciences municipales et générales et de trois matelots triés sur le volet : Dorian, grand chasseur de dragons, spécialisé dans l’étude des brontosaures, des diplodocus et autres types de dinosaures, Alexa, second capitaine spatial ; Corentin, mécanicien spatial ; enfin, trois mousses : Alexis, Lisandru et Anna, chargés de sonder l’Univers.
Vint un moment où le commandant et son équipage ayant perdu le contrôle de leur vaisseau et naviguant au hasard, les cadrans du tableau de bord, les aiguilles, affolées, affichèrent une vitesse vertigineuse, voisine de celle de la lumière, ainsi qu’une position variant sans cesse.
Sur les écrans des radars apparaissaient des galaxies mystérieuses que les ordinateurs étaient incapables d’identifier et qui n’avaient aucune situation spatiale définie.
Ballotté comme une coquille de noix, le vaisseau s’en allait à la dérive.
D’autres engins qui les croisaient, les rassurèrent en leur signalant qu’ils allaient entrer dans une région de l’Univers dont le magnétisme était assez puissant pour ramener leur vitesse à plus de normalité.
Effectivement, ils ne tardèrent pas à pénétrer dans une zone où les vents cosmiques domptés, venaient se reposer sur une petite planète. Le vaisseau, porté par les courants, glissa lentement dans un ciel teinté d’ocre et de rouge, parfois barré de gros nuages noirs.
Ce fut au centre de cette palette de couleurs qu’Alexa détecta une grande île. Aussitôt, Dorian se mit à calculer sa position sur un ordinateur et les contours de cette terre se dessinèrent sur l’écran. Une terre entourée d’eau: c'était bien une île ! Après plusieurs survols, le commandant décida de se poser au bord de la mer, dans un paysage lunaire qui venait d’être dévasté par un immense incendie. Êtres humains, animaux, végétaux semblaient avoir disparu. Vision d’apocalypse.
Le soleil, qui sculptait le sommet des montagnes, n’éclairait qu’un sol noir, couvert de cendres.
Quel dragon, puissant et pyromane, avait craché sa haine sur tout ce qui était synonyme de vie ?
Cependant, ne désespérant pas de trouver quelques traces de vie épargnée, l’équipage du vaisseau entreprit une prospection en s’enfonçant à l’intérieur des terres.
Quelques jours de marche et au fur et à mesure qu’il s’aventurait plus avant, le paysage changeait d’aspect, devenait plus agreste, plus aimable. La route escarpée après avoir traversé une forêt de pins qui portaient haut leur faîte, les invita à plonger dans des vallées profondes, encaissées entre des montagnes aux pics élevés et au fond desquelles grondaient des torrents impétueux, aux eaux cristallines. Faisant suite aux grands pins, des chênes, des châtaigniers alternaient leurs frondaisons. Au détour d’un virage et à la lueur de la lune qui s’était levée, l’équipage découvrit sur une place de terre battue, une église et son clocher auxquels était accolé un cimetière dont les tombes étaient disséminées sous des châtaigniers centenaires. Ils décidèrent d’y passer la nuit.
Le silence du matin, à peine troublé de bruits furtifs, légers, comme le discret grincement d’une porte, le chuchotis des voix, le tintement d’une clochette, se mua en un ensemble d’accords, l’orchestre de la vie, rempli des bruits des hommes et de ceux des bêtes vagabondes.
Le village recommençait à vivre un autre jour. Réveillé, l’équipage du vaisseau alla se dégourdir les jambes à travers les ruelles grimpantes, les jardins en terrasse aux murs écroulés.
Le soleil, se montrant, soudain, au-dessus des sommets, vint éclairer de ses rayons les maisons de granit gris, enflammer l’or des châtaigniers en fleur, illuminer le vert sombre des ronciers, fit s’exalter le vert tendre des fougères et s’épandre le parfum de la « nebida ».
De modestes maisons voisinaient une maison en ruine qui gardait encore une belle allure tant par ses dimensions importantes que par la manière dont étaient assemblées les pierres aux angles des murs et aux encadrements des ouvertures.
Le Commandant attira l’attention de l’équipage sur la perfection de la taille, de l’assemblage des linteaux massifs, arrondis aux extrémités, qui, toujours encastrés, semblaient défier le temps.
Mais voilà qu’une moto vrombissante, traversa le village, vint s’arrêter devant eux :
_ Pace è salute, Messieurs les voyageurs ! Je m’appelle Lucchini. Je suis le maire de ce village qui, sur la planète Corse, a pour nom : Zirubia. Nous sommes le point final ou le début du monde habité. C’est selon. Oubliés dans un cas comme dans l’autre. Actuellement et parce que nous sommes en été, les maisons sont toutes occupées, les enfants, en vacances, courent partout.
Tout le village est heureux de vous recevoir et vous invite à un dîner qui sera servi sur la place de l’église.
Si vous désirez rester avec nous un certain temps nous pouvons vous loger dans une maison inoccupée depuis de nombreuses années. Je n’ai pas la clef mais il ne doit pas être difficile d’y pénétrer. Vous verrez , sur la porte, une plaque en émail sur laquelle figure ce nom : B. TOMASINI.
Le Commandant et son équipage se mirent en quête de la maison et la trouvèrent sans peine. Toutes ses ouvertures étaient closes. Les ronces étaient montées à l’assaut des murs.
Corentin, le mécanicien astucieux ayant fait remarquer qu’un bout de cordelette sortait de l’encoignure d’une porte, le mousse Alexis ne fit ni une ni deux, il s’en saisit, tira dessus. Elle articulait un loquet en bois. « Tire la chevillette et la porte s’ouvrira », dit le loup au Petit Chaperon Rouge.
La porte s’ouvrit effectivement, en émettant un gémissement de protestation dont nos voyageurs n’eurent cure, occupés qu’ils étaient à essayer de distinguer quelque chose dans l’obscurité, à se débarrasser des toiles d’araignées qui les prenaient au piège.
Peu à peu, leurs yeux s’accoutumèrent à la pénombre et ils distinguèrent les éléments qui meublaient la pièce : un pétrin, une table, un banc, des chaises empaillées, des cruches et, au centre, entre des pierres, les vestiges d’un « fucone », une crémaillère qui attendait son chaudron.
Cette salle ne comportant aucune fenêtre, les membres de l’équipage s’éclairèrent avec des torches faites de résine de pin qu’ils avaient eu le soin d’emporter. La lueur qu’elles répandent est faible, mais elle dissipe la totale obscurité.
Curieuse comme une fouine, Anna ouvre le tiroir de la table et quelle n'est pas sa surprise de découvrir, parmi plusieurs objets hétéroclites qu’il contient ,dont un porte-plume à la plume sergent-major, un encrier asséché, de vieux ciseaux rouillés, des lunettes aux verres ternis : une boite à couture portant sur son couvercle le nom d’ Anna . Sans doute celui de son ancienne propriétaire.
_ Venez voir, crie-t-elle aux autres. Je viens de trouver mes affaires ! Un miracle se produit.Comme si une présence amie se manifestait, l’atmosphère de la pièce s’en trouve changée. Une douce chaleur enveloppe ces passagers de l’espace.
Les charbons éteints du « fucone » rougissent comme si un souffle mystérieux avait soufflé sur eux.
A moins que ce ne soit celui de l’âme de la tante Anna, qui avait vécu ici de nombreuses années ou celui des ancêtres dont les mânes hantaient le logis.
Quoi qu’il en soit, le foyer venait de se rallumer, la maison reprenait vie.
L’intrusion de ces grandes personnes et de ces enfants, leur présence, avaient ranimé les braises endormies sous les cendres, depuis très longtemps.
La voisine, Jeannette, qui s’est jointe à eux, attire leur attention sur un assemblage fait de bois arqués et de coussins de jute remplis de crin.
_ Qu’est-ce que c’est ? demandent les enfants.
_ C’est un objet devenu rare à notre époque mais qui, au siècle dernier, se trouvait encore dans toutes les écuries. C’est le bât d’un âne.
Voyez comme il est bien conçu.
Les bois arqués épousaient le dos du bourricot, les cousins protégeaient son échine et le postérieur du cavalier, ces deux arceaux en fer, lorsqu’on les rabattait permettait de transporter du bois ou des sacs de farine.
Comme on voit, à présent, une ou plusieurs voitures automobiles devant chaque habitation, aux temps anciens, chaque maison possédait son âne. Ce bât pourrait nous raconter bien des histoires.
La bande des enfants du village s’étant aperçue que des visiteurs occupaient la maison abandonnée, s’était jointe à eux et, intéressés par les explications de Jeannette, l’écoutaient sagement.
Cette dernière en profita pour leur faire un sermon.
_ Je vous vois souvent lancer des pierres sur les animaux. Ce n’est pas gentil.
Les bêtes sont des êtres vivants comme nous. Aussi devons-nous les respecter et même les considérer comme des amis. A ce propos, je vais vous raconter une histoire.
« Titi était un vieux garçon, un homme dur à l’ouvrage, dur envers lui-même et dur envers son âne qu’il battait souvent. Un vieil homme du village de Zirubia, un sage, ayant remarqué de quelle façon il maltraitait la pauvre bête, lui en fit le reproche et le mit en garde :
_ Si tu continues, Titi, à battre ton âne, tu perdras la vie, lui dit-il.
_ Et comment cela ? lui répondit Titi , incrédule.
_ Méfie-toi…quand ton âne pétera trois fois, tu seras mort.
Titi haussa les épaules puis oublia la mise en garde du sage. Un jour, qu’excédé par la mauvaise volonté de l’animal à lui obéir, il le frappa plus fort que d’habitude, l’âne péta. Incommodé par l’odeur, Titi lui donna un second coup de bâton qui déclencha un second pet. Poussé par la colère, Titi lui boucha le trou de balle en lui enfonçant son bâton. A ce moment là, l’âne péta si fort que le bâton fut expulsé, projeté avec force et vint frapper Titi en pleine poitrine. Son cœur, aussitôt, s’arrêta de battre. Il ne respirait plus. Il était mort, foudroyé ». _’ Comotio cordis ‘, émit le Docteur en Sciences Infuses et Appliquées. _ La prédiction du sage s’était réalisée, conclut Jeannette. Que diriez-vous, les enfants, si nous allions en promenade ?
Un « Ouai ! » enthousiasme lui répondit.
Tous se rendirent au col de Serra, là où l’air est plus léger, plus subtil qu’ailleurs.
Ils en remplirent leurs poumons.
La vue sur le panorama environnant incita jeannette à poser des questions aux enfants.
_ Savez-vous comment on appelle cette belle région ?
Devant le mutisme général, elle poursuivit :
_ L’Alta Rocca.
_ Connaissez-vous ses villages ?…Ils ont pour noms : Audè, Zirubia, Sarra di Scopamèna, Surbuda, Quenza. Et cette montagne qui domine la Sarra , comment l’appelez-vous.
_ L’Incudine ! répondit un enfant.
_ Très bien mais sais-tu pourquoi ?
L’enfant fit « non » de la tête.
_ C’est parce que nos ancêtres avaient trouvé que son sommet faisait songer à une enclume. Celle qu’utilisent les forgerons pour battre le fer lorsqu’il est incandescent. « Enclume », en langue corse se dit : « incudine ». Maintenant, dites-moi quelle est la principale ressource de l’Alta Rocca ?…Allons ! Faites travailler vos méninges ! Stimulés, les enfants répondirent : Le châtaignier.
_ C’est exact. Le châtaignier, cet arbre merveilleux, vert tendre au printemps, paré de châtons dorés en été, flamboyant de couleurs automnales dès septembre, est la bénédiction de la Corse. Dès novembre, il nous donne son fruit, enfermé précieusement dans une bogue piquante.
Cet arbre prodigue a nourri de ses châtaignes nos ancêtres. Son bois leur a permis de se chauffer mais ils l’ont employé aussi en menuiserie et dans la construction des maisons. Les belles charpentes qui supportent encore les toits des maisons de nos villages sont toutes en châtaignier.
Mais si la châtaigne a été l’élément essentiel de nos ancêtres, si elle les a sauvé des famines, elle ne suffisait pas à leur alimentation. Toute l’année des châtaignes aurait été lassant.
Les habitants d’Audè et ceux de Zirubia furent pris, un jour du temps des révolutions de Corse, vers 1730 - de l’envie de manger du pain blanc fait avec du blé. Les céréales poussent mal en haute montagne.
Ils descendirent donc au bord de la mer, dans le sud, pour aller conquérir des terres à blé qui appartenaient aux notables de Bonifacio. Ils durent se battre , livrer bataille et remportèrent la victoire car ils étaient les plus forts et les plus malins.
Imaginez-vous qu’ils s’étaient tous rasé la tête pour que leurs ennemis ne puissent pas les attraper par les cheveux.
Ce détail qui mettait lumière l’astuce des habitants de l’Alta Rocca fit rire les enfants.
Le reste de la journée se passa ainsi en découvertes, explications et commen-taires.
Lorsque les rayons du soleil se firent moins brûlants, qu’ils fleurèrent les sommets de la montagne qui barrait l’horizon avant de disparaître derrière lui, les voyageurs rejoignirent les habitants du village pour partager avec eux le repas du soir, comme prévu. Le repas pris dans une ambiance chaleureuse, les villageois questionnèrent l’équipage, désirant savoir d’où ils venaient et comment s’était accompli leur voyage. Curiosité, somme toute, bien normale.
Le commandant voulut bien raconter. Devant un auditoire très intéressé, il commença ainsi :
En l’an 2004, après avoir mis en état le voilier nous avons d’abord entrepris de faire une navigation côtière.
Les premiers jours, le temps étant au beau, la croisière se poursuivit sans histoire. Mais un jour, le vent se leva, prit rapidement des allures de tempête,se déchaîna si bien qu’il augmenta notre vitesse, finit par nous emporter, dans un tourbillon infernal, jusqu’au au centre de l’ouragan. Agrippés tous les sept à notre esquif, nous étions incapables de nous situer tant notre vitesse était devenue vertigineuse.
Entraînés hors de l’atmosphère terrestre, je pus cependant me rendre compte que nous venions de dépasser la lune et que nous laissions derrière nous notre galaxie.
La vitesse ne cessant pas d’augmenter, c’est un instant que nous parcourions la distance qui séparait un bout de l’Univers à l’autre. Et, soudain, attirés dans l’amas des galaxies Abel 400, nous fûmes entrainés dans un trou noir.
Imaginez un lavabo et son orifice d’évacuation et vous aurez une idée de ce à quoi peut ressembler cette galaxie. Comme l’eau de la cuvette s’engouffre par le trou , est aspirée par le siphon, nous fûmes happés par le vide et, tel un point insignifiant, brassés, amalgamés à d’autres points microscopiques, constitués de lumière en fusion, de matières organiques, de poussières cosmiques et d’une multitude d’objets hétéroclites et de grande consommation. Emportés dans un malstrom sans fond et sans fin, nous n’étions plus qu’un point zéro de l’Univers, agglutinés comme les grains de ce morceau de granit.
Et, disant cela , le Commandant s’était baissé et avait ramassé une pierre brisée du chemin dont on voyait briller une infinité de grains de quartz, de feldspath et de mica qui constituait une roche et qui, avant de se refroidir, n’était qu’un magma visqueux. _ Comment, dans ce tourbillon, s’est comporté votre équipage ? demanda Monsieur le Maire.
_ Eh bien ! Dorian était à son affaire. Il se trouvait serré entre les pattes d’un diplodocus.
Que rêver de mieux pour un spécialiste des dinosaures?
Quant à Alexa, qui porte toujours sa casquette devant derrière, elle n’en menait pas large, coincée qu’elle était dans une machine à laver en fonction. Corentin, le mécanicien, était juché sur les épaules d’une araignée suspendue à la planète Mars.
J’avais oublié de vos dire que nous nous trouvions en bonne compagnie, entourés de nos ascendants, nos descendants,et même de vieilles connaissances. Par exemple, mon professeur de latin, celui qui avait la sale manie de me soulever par les poils du bras et le docteur Storch que je vis passer, enfermé dans un ascenseur, assis sur ses albums de timbres. _ Combien de temps êtes-vous restés dans ce tourbillon ? demanda quelqu’un.
_ Nous ne consultions pas notre montre. Nous ne mesurions pas le temps. Nous ne lisions pas davantage les cartes. A quoi cela nous aurait servi ? Serrés les uns contre les autres : famille, amis, connaissances, nous étions heureux d’être ensemble. A part les grincheux qui se plaignaient du manque d’espace et qui ne voulaient pas en céder un pouce prétextant leur corpulence. Certains de nos voisins prétendaient que nous étions arrivés après eux, donc que nous devions leur laisser la place. Raisonnement fallacieux étant donné que comme il n’y avait, dans cet espace, ni « haut » ni « bas », il ne pouvait y avoir, non plus, ni « avant » ni «après » . Les notions de temps et d’espace, dans cet univers tourbillonnant n’existaient pas. Je leur fermais le bec en déclarant que de toute manière nous n’avions pas choisi d’être là.
Malgré quelques altercations de cette sorte, notre équipage était bien content d’être rassemblé, solidaires, bien serrés les uns contre les autres. Ce qui n’était pas le cas des familles X et Y qui ne se supportaient pas quand elles étaient sur la terre et qui continuaient à se détester.
Heureusement que certaines femmes, excellentes cuisinières, faisaient des efforts remarquables d’imagination pour nous confectionner des daubes de sanglier et des gâteaux à la farine de châtaigne après avoir accompli des prodiges pour élever les bêtes et les nourrir dans un espace aussi restreint.
_ Elles ne se plaignaient jamais ? demanda une villageoise.
_ Bien sûr qu’elles se plaignaient ! Et vous savez de quoi ? De ne pas savoir où mettre la poussière !… Alors, pensez donc, quand il s’agissait de loger les cochons ?.
Eh bien, croyez moi ou non, malgré ces inconvénients nous ne sautions aucun repas. Etant bien nourris et ne fournissant aucune activité, nous prenions inévitablement du ventre. Et plus nous grossissions et plus nous étions comprimés.
Cet état de faits provoqua une dilatation du point donc à un développement de l’espace. En conséquence, cela permit à la lumière de se glisser hors du point, de
s’octroyer une distance suffisante pour prendre son élan et de jaillir hors du point
dans l’atmosphère. A sa suite, tous nous commençâmes à jouer des coudes, à nous agiter, à nous mettre en mouvement.
Enfin libres, des milliards d’être humains, des animaux, des rochers, des soleils, des planètes se lancèrent dans l’espace, cherchant au hasard à se faire une place. Alexa, second capitaine spatial qui, comme vous le savez, joue au foot-ball repéra, dans le lointain, une grande galaxie qui avait la taille d’un terrain de foot. Il y avait, en son centre, gros comme une pomme, un soleil et à trois mètres environ de lui, un « pitrucellu », un petit caillou, bleu. Elle reconnut la terre. Sur le grand côté du terrain quelque chose d’aussi gros qu’un noyau de cerise ressemblait à s’y méprendre à Jupiter et aussi Saturne, la paresseuse, qui met trente ans pour faire le tour du soleil.
Pendant toutes ces longues mises au point du Commandant, Alexis et Anna, qui n’avaient que quelques mois terrestres et qui déjà connaissaient toute l’histoire s’étaient endormis avec l’intention de poursuivre d’autres voyages.
_ Pensez-vous repartir ? demanda quelqu’un au Commandant.
_ Un jour, certainement. Mais nous ne savons pas quand.
Je crois que ce n'était pas le hasard ou une erreur de navigation qui nous a fait emporter par l'ouragan; Ce jour là, l'univers se condensait et nous sommes retrouvés en un point unique pour attendre de tout recommencer ensuite.
Je pense que nous avons accompli ce périple des milliers de fois car, en réalité il n’est pas si difficile et comme toutes les fictions, elles ne font que se répéter.
_Notre aventure est assez incroyable et je ne suis pas très convaincue par les explications de Marc dit Marie-Edith : _ tu suggère que la matière dispersée dans l'univers a disparue pour se concentrer à l'extrême dans dans ce point unique où nous avons vécu, pour ensuite se disperser et tout recommencer. En es- tu sûr. _Tu as raison de douter de la théorie de Mr Huble car comme toutes les hypothèses elle devra être vérifiée par l'expérience et ce sera le travail de quelques uns de ces enfants quand ils seront sortis de leurs rêves.